Servier sert-il vraiment les intérêts de Procolaran* ?
26/06/07
Quel intérêt informationnel nouveau apporte l’interdiction de la publicité de Procolaran* (ivabradine) de Servier ?
Alors qu’en général le contrôle de la publicité se concentre sur les opérations promotionnelles post commercialisation, cette interdiction de publicité originale dont le texte est paru au Journal officiel du 7 Mars 2007 frappe une publicité pour un médicament en période de… pré-marketing. C’est une première dans la mesure où cette interdiction a frappé la promotion réalisée dans le court intervalle de temps séparant l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché de l’attribution du niveau de prix et des modalités de remboursement par la tutelle alors même que le produit n’est pas encore effectivement commercialisé.
Même si la période entre l’obtention de l’autorisation de commercialisation et l’obtention du prix est courte, il faut être gré à l’autorité de tutelle d’avoir clairement montré qu’il ne s’agit pas pour autant d’une période de non droit. Autre intérêt de cette interdiction de publicité, son caractère archétypal sur les motivations à l’origine des interdictions. En effet le journal officiel explicite des motifs classiques de nature à induire en erreur les prescripteurs tel que l’utilisation d’une étude dont la méthodologie ne permet pas de revendiquer l’allégation publicitaire. En l’occurrence ici la revendication d’une supériorité clinique par rapport à un produit de comparaison en s’appuyant sur une étude de non infériorité soit clairement en faisant appel à une méthodologie qui ne permet aucunement de démontrer ce qui est allégué. Un second motif classique est la minimisation d’effets indésirables pourtant clairement répertoriés. Dans le cas d’espèce, le texte du journal officiel explicite la décision des autorités relative à la promotion de Procolaran* : la publicité incriminée a rapporté la mention d’un taux d’effets indésirables de type oculaire de moins de 1% en occultant ostensiblement le taux de ce même effet pour le produit de comparaison utilisé dans l’essai clinique retenu et alors même que la fréquence de cet effet dans le dossier d’obtention d’autorisation de mise sur le marché du Procolaran* est de 14,5% et que de plus cet effet pour le Procolaran* de Servier est supérieur dans l’essai cité à celui du médicament de comparaison.
Le texte du Journal officiel conclut sobrement que la présentation n’est pas objective et qu’elle est contraire aux dispositions de la loi. Deux remarques pour poursuivre :
1/ Sachant que la promotion incriminée de Servier pour Procolaran* a pris la forme d’un poster scientifique il est difficile de ne pas évoquer l’intentionnalité de tromperie du laboratoire qui disposant de toutes les informations nécessaires, les a pourtant travesties à son profit. Ainsi si le code de la consommation s’appliquait au produit en lieu et place du code de la santé publique, Servier aurait pu être mis dans l’obligation de démontrer sa bonne foi versus l’intentionnalité de tromper. Dur, dur !!
2/ Sachant que l’arsenal des sanctions permet pour une interdiction de publicité de procéder à une baisse de prix, nous constatons que le prix n’ayant pas encore été attribué pour Procolaran* lors de l’interdiction de publicité, il aurait tout à fait été possible d’appliquer cette mesure ! Quel Saint protège donc Servier ?
Alors peut-être retiendra t’on l’interdiction de Procolaran* comme une double première : celle d’avoir été prononcée en période de pré-marketing mais aussi celle d’avoir renoncée à l’application de la mesure de sanction économique qui aurait été indiquée ! Pour reprendre le titre de ce billet, non seulement Servier n’a pas servi les intérêts de Servier et du Procolaran* en hypothéquant sa crédibilité alors même que le produit n’était pas encore disponible sur le marché mais de plus Servier contribue à ruiner les efforts déployés par le syndicat de l’industrie pharmaceutique et de nombreuses personnalités pour présenter positivement l’industrie pharmaceutique en qualité de secteur industriel contribuant à la santé publique et au bien être de la population. Prescrire est la seule revue médicale à se faire l’écho des interdictions de publicités médicales parues au journal officiel. Dans son numéro de Mai 2007, reprenant les motivations des interdictions de 3 produits dont le Procolaran, la rédaction de la revue conclue par : « Elargir les indications, minimiser les risques, supprimer des données défavorables, dénigrer les autres traitements : des recettes éprouvées du marketing pharmaceutiques au détriment des patients ». Même si la revue aurait pu citer ses références et spécifier pour contextutaliser l’information que les publicités interdites ne représentent qu’environ 5% du total des publicités contrôlées par la tutelle, il est grand temps que les acteurs d’un marketing pharmaceutique responsable qui se font régulièrement traiter à tort d’olibrius dénués d’éthique fassent place nette. Les effets d’annonces c’est pas mal, mais les comportements éthiquement responsables c’est mieux !
Bonne journée, Ethicaceutic / Kanga : sophia.emic@yahoo.fr
Pour de plus amples informations :
- Journal officiel du 7 Mars 2007. Décision due 22 Janvier 2007 interdisant des publicités pour des médicaments mentionnés à l’article L.5121-1 du code de la santé publique.
- La rédaction de Prescrire, 2007, Publicité : trois interdictions, 27, 283,347-348
- Moreau, 2006, Publicité : le bilan des interdictions 2005, Bulletin de l’association française des affaires réglementaires, 51,10-13
Publié par ethicaceutic