Dites un chiffre qui finit par…Avandia !
Quelle forme de succès Avandia apportera-t-il au laboratoire Glaxo Smith Kline ?
Anti-diabétique oral de type II programmé pour être le 2ème contributeur en Chiffre d’Affaires d’un laboratoire qui en fait déjà beaucoup, Avandia a participé avant même sa mise sur le marché en 2000 aux effets de valorisation boursière de GSK. Aujourd’hui Avandia, objet d’un quadruple warning, médical, sociétal, financier et juridique, participe surtout à l’évolution des inquiétudes des autorités de tutelle, des médecins, des patients, des responsables du laboratoire, des agences de cotation boursières, des actionnaires…
A première vue, Avandia donne surtout à GSK l’opportunité de se prévaloir d’un simili succès en terme de gestion des premiers jours de crise au prix d’un activisme hors normes et totalement spectaculaire alors même que c’est dans la durée et sur le fond que s’organiseront les enjeux… Nous allons vous faire vivre cette actualité : Tout aurait commencé le 21 Mai 2007 date à laquelle le New England Medical Journal (NEMJ) publie une méta-analyse révélant un sur-risque significatif de morbidité et de mortalité cardiovasculaire chez les consommateurs d’Avandia par rapport aux médicaments de référence. GSK réagit aussitôt et tenez vous bien entre le 21/05/2007 et le 6/06/2007 nous assistons à une déferlante de 10 dépêches de l’agence de presse médicale accompagnant l’activisme de GSK et la dégringolade du cours de ses actions à la bourse. En moins de 2 semaines GSK trouve les ressources pour générer ou contrer 9 événements importants :
1- Publier un communiqué de presse faisant état de « son fort désaccord » et produisant les résultats contradictoires d’études cliniques aux noms suggestifs d’ADOPT, DREAM et RECORD,
2 - Répondre à deux sénateurs qui ont mis en remis en cause l’autorisation de mise sur le marché du produit par la FDA et d’éventuelles pressions qu’auraient exercés GSK,
3 - Médiatiser un contre-éditorial du Lancet appelant à une approche plus mesurée de la publication initiale du NEMJ,
4- Intervenir par la bouche de son président devant l’assemblée générale des actionnaires pour rassurer sur la sécurité du produit alors même que les analystes financiers décotent toujours le titre,
5- Répondre à la communication des sociétés d’études de marché sur le recul des prescriptions globales et sur l’assèchement des initiations de prescriptions,
6- Publier sous la plume du directeur médical de GSK un courrier de réponse au NEMJ défendant par des arguments d’un niveau de preuve assez faible le produit tout en reconnaissant que des résultats concordant d’une métaanalyse antérieure réalisée par le laboratoire avait trouvé des résultats concordants dont la significativité statistique n’était pas probante,
7- Exhiber en recours les données d’un registre observationnel d’une société de gestion des soins sur le suivi de 33 363 patients qui serait particulièrement rassurant. C’est un peu comme si votre centre de soins mutualiste collectait des données médicales pour les mettre à disposition d’un laboratoire en cas de besoin. Etonnant non !
8- Réaliser une campagne de communication presse visant le grand public dans je cite « une douzaine » de quotidiens nationaux d’outre-manche et d’outre-atlantique afin de rassurer les patients pour un budget probable de 100.000 dollars la page!
9- Publier selon une procédure dite « d’urgence » les résultats intermédiaires de l’étude RECORD sponsorisée par GSK dans le NEMJ montrant une augmentation mais non significative du risque cardiovasculaire du produit par rapport à ses comparateurs. Les conclusions modérées de l’article ne concordent toutefois pas avec les conclusions des 2 éditoriaux d’accompagnement de celui ci qui comme lors de la publication initiale incitent d’un et l’autre à la prudence et à la nécessité d’une réévaluation. Bien entendu GSK conteste, crie à la partialité des auteurs et le titre continue de chuter…
Avatar attendu de ce tohu-bohu grotesque si le risque n’était pas avéré, le 12/06/2007 un cabinet d’avocat US lance une class action pour défendre les intérêts de devinez qui ? …Eh bien des actionnaires qui estiment que GSK disposait d’informations insuffisamment communiquées lors de leur acquisition et maintenant à l’origine de la baisse de leurs actifs ! Mais que GSK se rassure les patients lésés ne manqueront pas d’emboiter le pas aux actionnaires et d’autres class actions devraient suivre !
Après ce bref résumé de l’actualité trépidante de GSK, nous vous proposons 5 éléments de réflexion plus globale à discuter :
1_ Cette manie des laboratoires en général de toujours contester la validité de la méthodologie et des résultats des articles publiés par les revues référencées à comité de lecture tel que le NEJM quand précisément les résultats ne sont pas ceux escomptés. Nous n’aurions pas vu contester les articles dont les conclusions sont favorables même modestement aux produits promus. Dans le cas présent un comité de lecture indépendant a jugé que le travail méritait d’être porté à la connaissance de la communauté médicale. Les limites méthodologiques soulignés par les auteurs eux mêmes et l’éditorialiste du NEJM ne retirent rien à la validité du travail mais contribuent à le cadrer et à dimensionner son apport intrinsèque. Il est grand temps que les laboratoires le comprennent et l’acceptent.
2_ Il faut s’attendre à ce que des effets indésirables objectivés par des études cliniques dans des proportions non statistiquement significatives finissent un jour ou l’autre avec le recul et à la faveur d’un nouveau design d’étude et/ou d’une nouvelle méthodologie statistique par devenir statistiquement significatifs. Ainsi le tour de passe-passe qui consiste à faire croire que ces effets indésirables n’existent pas sous prétexte qu’ils ne sont pas statistiquement significatifs finit par atteindre ses limites… ces effets existent bel et bien. La réaction habituellement observée consiste alors à produire comme contradicteur les études antérieures …justement celles qui avaient déjà montrées que les effets indésirables n’étaient pas statistiquement significatifs….donc (CQFD) ils n’existent pas !
3_ Il faut aussi continuer à s’interroger sur cette propension à autoriser la mise sur le marché de produits dont le rapport bénéfices/ risques n’est pas aussi favorable à distance qu’il semblait être au moment de la mise sur le marché. Nous sommes toujours frappés par les procès en laxisme d’évaluation initiale faits aux autorités de tutelle lors de la révélation d’effets indésirables graves à distance de la commercialisation. Outre que la révélation de ces effets signe la vaillance de la recherche post- marketing et de la pharmacovigilance, il faut garder à l’esprit qu’une évaluation par la force des choses formatée même dans le cadre d’un dossier d’évaluation très complet ne peut pas valoir la pragmatique révélatrice de prescriptions à des milliers de patients et dans le cas d’espèce d’Avandia à hauteur d’un Chiffre d’affaires mondial de 2,3 Milliards d’Euro en 2006… Il n’y a donc pas lieu de faire des autorités de tutelle les boucs émissaires systématiques d’une chronique d’une histoire annoncée tant pour les mauvaises nouvelles que pour les bonnes c’est-à-dire en fait le plus souvent la non majoration qualitative et quantitative des effets indésirables déjà notifiés dans le dossier d’autorisation de mise sur le marché. A ce titre les attitudes de l’agence d’évaluation européenne, EMEA, qui a intégré aux données du produit le risque cardiovasculaire en 2006 et de l’agence française, AFSSAPS, qui a gratifié Avandia d’une « absence d’amélioration du service médical rendu » sont en l’occurrence non critiquable.
4_ L’explication du succès commercial de ce nouveau produit au moment même ou tombe aux USA le brevet du produit de référence, metformine, s’explique sans aucun doute par la puissance des efforts de promotion consentis et dont la finalité est moins de pervertir le rapport bénéfices/ risques que de distordre le rapport bénéfices / sacrifices en magnifiant les bénéfices immédiats tel que la qualité du contrôle glycémique et en minorant les éventuels sacrifices plus tardifs qui pourraient se manifester tel l’occurrence cumulative d’effets indésirables au fur et à mesure que s’accroissent les volumes des prescriptions. Sans ce biais de minoration des éventuels sacrifices tardifs au profit des bénéfices immédiats il ne peut y avoir d’intérêt de prescription d’Avandia par rapport aux produits de référence qui ont fait leurs preuves. On se demande bien du reste en tant que patient potentiel au nom de quoi nous accepterions de nous lester d’un produit dont on sait qu’il augmente le risque d’insuffisance cardiaque, de perte osseuse, de mauvais cholestérol sans compter d’autres effets plus communs ou exotiques qui pourraient encore apparaitre.
5 _ Enfin nous persistons à penser que cet activisme per-critique de GSK au titre du management de crise n’a fait qu’aggraver les choses en termes de lisibilité de l’impact des événements, de confiance du corps médical et des patients et de transparence vis-à-vis des autorités de tutelle et des instances boursières. Il faudra bien que GSK finisse par ce rendre à l’évidence que ce qui est caché fini par transparaître, que tout n’est pas achetable et notamment pas la recherche clinique indépendante fût-elle non exempte de limites et qu’on n’anesthésie pas la sens critique échaudés des prescripteurs et clients potentiels par une danse de saint gui des chiffres là où l’humilité aurait mieux convenue.
En conclusion si GSK nous a abreuvés de chiffres censés être plus ou moins rassurants, s’il fallait pour reprendre le titre de ce long billet… Donner un chiffre qui finit par Avandia ce serait sans conteste…0 en management de crise!
Bonne journée.Ethicaceutic / Kanga : sophia.emic@yahoo.fr
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