Evergreening : une nouvelle dose de Novartis…
Dans les bilans d’image réalisés par les différents laboratoires pharmaceutiques, un des (trop rares ?) points d’ancrage positif est la recherche comme source de création de valeur sociétale partagée. Bref un pilier de l’activité qui contribue à augmenter les actions de responsabilité sociale des entreprises à trés faible coût marginal puisque de toute manière indispensable au business model de la pharma. Et voilà que des (ir)responsables de la pharma se sont mis en tête d’annihiler cet avantage exceptionnel… un des rares à permettre aux collaborateurs de l’industrie pharmaceutique d’améliorer leur estime de soi. Au moins voir plus motivant qu’un séminaire réussi (sic )!
Novartis a attaqué l’inde pour refus de reconnaître un brevet protégeant un de ces life cycle managment product… cette capacité industrielle remarquable à faire du neuf avec des vieux (produits). Si cette pratique est tout à fait recevable voir nécessaire pour les marketteurs…on peut tout aussi bien admettre que les systèmes de santé nationaux des pays ( pauvres ou riches, là n’est pas le débat ) n’aient pas envie de la payer au prix fort c’est à dire au prix d’une véritable innovation qui améliorerait significativement le service médical rendu.
Mais Novartis ne l’entend pas de cette oreille ! Aprés avoir pollué un des plus grands fleuve d’Europe il y a quelques années avec sa filiale Sandoz (Marque retirée de la pharmacie éthique… puis réintroduite pour cautioner les lignes génériques alors même que dans les mémoires subsiste le “une dose ça va, Sandoz bonjour les dégats”), la firme de Mr. Vasela, Novartis attaque l’état indien dans un procés fleuve (une habitude sans doute… ) que ne manquent pas de commenter semaine aprés semaine des dizaines de journalistes partout dans le monde. Globalement, ces professionnels ne trouvent aucun rationnel socialement acceptable à la position de Novartis et au passage manquent rarement l’occasion d’égratiner l’industrie pharmaceutique qui sur ses profits, qui sur son marketing, qui sur son arrogance, qui sur ses conflits d’intérêts… et maintenant sur un de ses derniers bastions valorisés et valorisants : la recherche.
Afin de vous en rendre compte, j’ai sélectionné quelques passages parus dans les médias suisses, le pays d’origine de cette multinationale :
«C’est facile de peindre l’industrie pharmaceutique comme la source de tous les maux.» Daniel Vasella est amer. En rejetant l’action en justice intentée par Novartis, la Haute Cour de la province de Bombay a ouvert une brèche dans le système de l’evergreening, le «rafraîchissement perpétuel» qui consiste à modifier légèrement la composition d’un médicament arrivant en fin de brevet pour prolonger la protection légale d’une vingtaine d’années et éviter qu’il ne soit copié et revendu à moindres coûts. Un grand classique de l’industrie qui agace partout dans le monde, du gouvernement indien à Monsieur Prix helvétique. Dans les pays riches, l’astuce permet d’augmenter année après année les dépenses en médicaments. Dans les pays pauvres, elle empêche la diffusion de médicaments à des prix abordables.”
Francois Pilet, Le 10 Aôut 2007 in 24heures.ch http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/economie/economie_detail/(contenu)/117482
Ou encore :
” Pour masquer son échec, Novartis n’a d’autre issue que de renchérir via la Confédération. La multinationale fera probablement usage de cette prérogative. Ce serait de bonne guerre de sa part. Mais elle mettrait les conseillers fédéraux dans l’embarras. Ou du moins, accentuerait encore l’irritation des parlementaires envers la proximité des autorités et de l’industrie pharmaceutique. La législature qui s’achève a été le théâtre d’un bras de fer inédit sur cette question. L’indépendance de Swissmedic, surveillant du marché des médicaments, a été remise en cause. Des têtes sont tombées, mais les accointances avec les «pharmas» restent marquées. “
Fabio Lo Verso, le 7 Aôut 2007 in lecourrier.ch
http://www.lecourrier.ch/index.phpname=NewsPaper&file=article&sid=437118&layout=article,latruite
Voilà la tonalité générale, même en Suisse. Si l’on peut comprendre que face à la justice indienne, fut-elle indépendante, Novartis pouvait avoir le sentiment d’être dans un contexte où l’inde est à la fois juge et partie, il semble que nous nous orientons encore vers des semaines pour ne pas dire des mois de procédure en appel devant les instances internationales afin d’accompagner l’inéluctable mise au tapis par K.O de Novartis tant sa cause est inique et les opinions publiques internationales justement mobilisés. Aprés ce KO, il sera plus difficile à l’industrie pharmaceutique de se relever. (en terme d’image bien entendu ). Et si l’industrie jouait vraiment le jeu, en abandonnant les terrains où elle a déjà largement valorisé ses investissements par des brevets justement acquis tout en ayant orienté à temps sa recherche vers de la création de valeur médicalement et socialement utile ? Serait-ce trop demander ou devons nous accepter au nom de l’inexorable amélioration des ratios de performance de soutenir cette firme dans ce qu’elle devrait avoir de moins représentatif de l’industrie pharmaceutique. Bref une autre façon de penser l’evergreennig …
Bonne journée.
Ethicaceutic / kanga. contact : sophia.emic@yahoo.fr
20/08/07 à 7:09
Merci pour cette article qui m’a fait découvrir ce terme.
Une seule petite remarque: il n’y a qu’un “n” et deux “e” à “evergreening”.