Les enjeux
Du fait de la contribution de l’industrie pharmaceutique à l’amélioration de la santé publique , sa communication doit être soumise à des modalités éthiques visant à prévenir les conflits d’intérêts qui pourraient survenir dans ses relations avec les médecins et à travers leur influence avec les patients-consommateurs. Les conflits d’intérêts sont susceptibles d’avoir des conséquences directes et indirectes sur la santé des consommateurs et s’ils étaient perçus par les consommateurs, ils pourraient écorner la confiance qu’ils accordent au corps médical voir à leur médecin traitant.
Les conflits d’intérêts sont définis comme l’opposition d’un intérêt personnel avec un intérêt d’un ordre supérieur ce qui suppose que les différents intérêts soient au préalable déterminés, qu’une hierarchie des intérêts soit établie et que les situations de confrontation générées par la concomitance des intérêts soient reconnues.
Le conflit est patent lorsqu’il n’est pas possible de faire prévaloir objectivement un intérêt d’ordre supérieur sur un autre alors que les deux intérêts sont envisageables simultanément et que leur auteur est en situation d’influer sur le cours des attitudes et comportements d’autrui. La question générale posée ici est aussi celle des limites de la confiance, notion capitale en matière de problématique de santé.
Ainsi du point de vue du code de déontologie médicale, l’intérêt général est supérieur à l’intérêt de santé publique qui est supérieur à l’intérêt du patient lui même supérieur à l’intérêt de la profession qui enfin est supérieur à l’intérêt du médecin. L’article 105 du code de déontologie stipule que : “ le médecin ne doit pas accepter une mission d’expertise dans laquelle sont en jeu ses propres intérêts, ceux de ses patients, d’un de ses proches, d’un de ses amis ou d’un groupement qui fait habituellement appel à ses services “.
Par ailleurs, les relations professionnelles entre médecins et industrie pharmaceutique peuvent comporter des opérations de promotion (invitations à déjeuners, invitations aux congrès, expertises et collaborations diverses…) susceptibles de porter les germes de sources de conflits d’intérêts potentiels et objets de polémiques régulières. Malgré l’encadrement réglementaire actuel, une première approche de la littérature médicale semble indiquer un défaut de décodage de ces situations conflictogènes d’où un sentiment de non implication et une faible mise en perspective des conséquences potentielles notamment sur la confiance des consommateurs.
L’enjeu majeur pour l’industrie pharmaceutique est d’apporter une proposition de valeur qui améliore la santé publique et la santé individuelle à un prix qui rémunère les prises de risques industriels de la recherche tout en étant supportable par les organismes de protection sociale sans négliger les relations de confiance des entreprises de santé et de l’ensemble des parties prenantes et notamment des professionnels de santé et de leurs patients.
La démarche éthique est la clé qui permet d’éviter les conflits d’intérêts qui peuvent naître de la complexité des enjeux.
Bonne Journée, Ethicaceutic / Kanga : sophia.emic@yahoo.fr
Pour ceux que le sujet de ce post intéresse, voici quelques sources parmi tant d’autres :
- Agence Française de Sécurité Sanitaire des produits de Santé, Les déclarations d’intérêts des membres des conseils, commissions et groupes des travail 2004,www.agmed.sante.gouv.fr, site consulté le 2/10/2006.
- Bernier G, Pouliot F., (2000). Ethique et Conflits d’intérêts, Ethique Publique, éditions Liber, Cap- Saint-Ignace, Québec
- Magnier V. & Col., (2006). Les conflits d’intérêt dans le monde des affaires, un Janus à combattre ? , éditions Puf, Paris.
- Rédaction de la revue Prescrire,(2006). Conflits d’intérêts sous surveillance,26, 271,297-00