Stéréotypes et préjugés : biais aggressifs ou inoffensifs ?

13/05/07

 dsc01077.jpg  Nous avions sous le coude, en embargo pour cause d’élections présidentielles en France, un article du journal USA Today en date du 19 Avril 2007 qui sous le titre accrocheur de : « Are French elections the last chance for change ? » culmine au niveau d’un sommet himalayen un nombre impressionnant de stéréotypes et de préjugés. Vous nous direz à juste titre que cela n’a rien de très nouveau venant de la presse, de la publicité et du marketing.  Il se trouve que grâce à leur caractère anti-français, nous les avons, içi, beaucoup plus facilement identifiés tant nous sommes en général aveugles à nos propres préjugés autour desquels règne un consensus sociétal qui nous les rends plutôt transparents. Voyons ce qu’écrivent les journalistes d’USA Today : «  French people don’t want to work hard…culture of welfare state…  and refuse economic reforms… they demonstrate in the street…”

Voilà l’introduction qui nous permet de vous proposer un billet autour de ce thème dont les conséquences peuvent s’exprimer au quotidien sous forme de sexisme et de discrimination diverses. Un remarquable site réalisé à l’initiative du laboratoire de recherche en psychologie sociale et cognitive de l’Université de Clermond Ferrand et soutenu par le ministère de la recherche fait un point très précis sur les mécanismes insidieux qui sont à l’œuvre, sur leurs causes et leurs conséquences tant à l’échelle sociétale qu’individuelle. Les auteurs Dambrun, Delouvé et Légal font appel à tous les spécialistes nationaux et internationaux de la question pour nous proposer un panorama complet depuis les préjugés acquis à l’école jusqu’aux discriminations en entreprise à l’embauche ou à l’encontre des salariés âgés. Si les stéréotypes sont des croyances largement partagées et des raccourcis condensés de connaissances simplifiées à l’extrême, ils peuvent être mobilisés tant par facilité que par surcharge cognitive chez des sujets à fort bagage éducationnel, ce qui les mets à la portée de tout un chacun. Pour les préjugés il y a une attitude à priori avec un jugement d’évaluation négative qui peut s’apprécier subjectivement ou s’évaluer par des échelles explicites et implicites, directes et indirectes.   Ainsi, vous pouvez auto-évaluer vos éventuels préjugés vis-à-vis de prés de 90 thématiques  sur un autre site tout aussi remarquable, Project Implicite, crée à l’initiative d’Harvard et auquel contribue Thierry Devos un scientifique français. Des tests en français existent. Vos résultats sont sécurisés, vous sont commentés et expliqués.  Vous pouvez y aller sans crainte du qu’en dira t’on !

D’un point de vue théorique, la théorie de l’identité sociale explique comment les préjugés sont un moyen de protéger le statut social de son groupe d’appartenance. Les conséquences sur les victimes stigmatisées rentrent dans le champ de la théorie de la menace du stéréotype qui explique comment par crainte du mal faire les sujets stigmatisés deviennent compliants au stéréotype qui leur est appliqué et comment des modifications de contexte appropriées lèvent la contre performance alors que celle-ci généralement joue comme une hypothèse auto-validante qui renforce le stéréotype.   Enfin, des solutions existent pour réduire les biais de jugement. Ces solutions sont de d’ordre  du renforcement du contact, d’ordre socio-cognitif et d’ordre émotionnel. Pour ce dernier point les auteurs ont montré qu’un maniement pertinent de l’empathie réduit les préjugés. Le mécanisme intime réside dans la perception du sentiment d’injustice qu’autorise l’usage de l’empathie. L’approche de renforcement du contact consiste à  générer une situation d’interdépendance et une coopération entre groupes afin de réduire les préjugés intergroupes. Dans ce cas les attributs des membres du groupe doivent aller à l’encontre du stéréotype et la méthode doit permettre une proximité qui permet de  passer du statut de membre d’un groupe au statut de connaissances interpersonnelles tout en préservant des statuts initiaux de groupes égaux.

Nous voyons donc à travers cette brève description s’illustrer clairement une dissociation entre notre capacité à décrire, à  mesurer et à expliquer d’une part et celle à traiter et de réduire d’autre part. D’où cette permanente vivacité que nous observons autour de nous. En publicité, l’usage des stéréotypes est omniprésent du fait de l’économie cognitive qu’ils procurent en appui de concepts produit et du renforcement mnésique qu’ils favorisent au meilleur coût. Alors pour ceux qui souhaitent prolonger le plaisir de la visite du site préjugés et stéréotypes par de l’écrit plaisant et consistant nous recommandons un superbe ouvrage écrit par Yzerbyt & Schardon en 1996 et toujours aussi actuel sur ces problématiques … qui interrogent par essence l’éthique de nos comportements quotidiens. 

Bonne journée. Ethicaceutic/kanga : sophia.emic@yahoo.fr 

Pour plus d’informations : 

http://www.prejuges-stereotypes.net/indexFlash.htm# 

https://implicit.harvard.edu/implicit/france/ 

Yzerbyt V., Schardon G., 1996, Connaître et juger autrui, une introduction à la cognition sociale, Presses universitaires de Grenoble, Grenoble. ISBN 2 7061 0653 0.


La folksonomie fait son entrée à l’OMS.

12/05/07

dsc00605.jpg La classification internationale des maladies est entrée dans sa dixième révision en 1990 et l’Organisation mondiale de la santé met en route un processus d’actualisation sous le nom de ICD-10 Plus devant aboutir à une 11 ème révision. Vous vous doutez que l’objectif de ce travail prométhéen est de permettre à tous les acteurs de la santé d’avoir une définition commune des maladies sur laquelle pourrait reposer l’architecture des programmes d’amélioration de la santé et les comparaisons scientifiques et économiques entre les différentes options possibles. Bref une normalisation indispensable pour parler un esperanto médical et médico-économique  à l’échelle de la planète.  Jusqu’ à présent ce travail taxonomique était réalisé par des experts. L’originalité de la démarche actuelle de l’OMS est de recourir à une actualisation mixte à la fois par internet et par des réunions présentielles mais aussi en ouvrant l’exercice taxonomique des experts à des contributions plus néophytes pour peu qu’elles soient sourcées. Ainsi chacun peut apporter sa pierre à l’édifice dans l’esprit de la folksonomie prônée par le web 2.0.  Selon le journal du Web, la foklsonomie est un  néologisme qui : « désigne un système de classification collaborative et spontanée de contenus Internet, basé sur l’attribution de mots-clés librement choisis par des utilisateurs non spécialistes. Le but est de faciliter la recherche et l’identification des contenus. Le mot se compose des termes folks (”potes” en français) et taxonomy (”taxinomie” en français, la science du classement) ». En pratique les internautes confirment ou créent ex-nihilo des classifications et  votent pour des favoris les propulsant à la tête de classements tout aussi  éphémères que l’inexorable écoulement du temps qui règle à leur consciente insu la danse des milliers de contributeurs anonymes.  

Pour revenir à l’OMS, l’idée de base est de permettre à chacun de donner par mots clés sa vision des définitions et de leurs contenus. En pratique c’est un processus paradoxal d’enrichissement par l’appauvrissement. Chaque non expert est individuellement peu compétent et ses mots clés sont probablement plus pauvres qu’une définition déjà toute construite mais un nombre conséquent de non experts utilisant toute une palette d’évocations sémantiques recouvrent plus largement  le champ des possibles.  

Bien entendu, il y a plusieurs tours de révisions d’experts pour en arriver au consensus de la future classification, CIM 11, mais cela permet d’accroître  l’implication d’un plus grand nombre de contributeurs sur le fondement même de la définition de tout petits morceaux de santé. Pour la grande fresque globale, on verra plus tard car plus que des définitions, c’est des milliers de micro actions éthiques qui seraient encore requises. Mais à tout bien y réfléchir, la toute première de ces actions ne pourrait-elle pas inclure une vision éthique dés l’étape fondatrice de la taxonomie ? Alors peut-être avons-nous ici un espoir si la folksonomie servait aussi à introduire par la base des participants anonymes cet indicible besoin d’éthique dans les définitions de la santé. Bonne journée. Ethicaceutic/ Kanga : sophia.emic@yahoo.fr 

Pour plus d’informations : http://www.journaldunet.com/encyclopedie/definition/1052/54/22/folksonomy.shtml

http://www.who.int/classifications/icd/en/

Jean-Yves Nau, 2007, La classification internationale des maladies va être révisée via internet, La revue du praticien MG, 21,768/769,428.


Plagiat & Plagiarism: un combat transnational.

09/05/07

dsc01031.jpg  Responsable.unige.ch …un site dans lequel il n’y a rien à jeter, sur une île déserte vous pouvez vraiment tout emporter … mais qui est donc l’auteur de cette formule maintes fois entendue et utilisée ? Est-ce un plagiat ou une libre citation consacrée par l’usage ? Pour aller plus loin contre le plagiat du couper-coller sauvage que facilite l’accès aux ressources partagées comme protégées dans le monde de l’éducation en sciences de gestion et plus particulièrement en marketing, nous vous recommandons le remarquable site animé par la Professeure Michèle Bergadaà, HEC  Genève : http://responsable.unige.ch/index.php.

Ce site très complet développe le concept de recherche-action enracinée dans les faits sur le phénomène du plagiat académique avec l’accès à des ressources partagées sur les processus cognitifs et conatifs générant une fréquence croissante du recours au plagiat dans les institutions académiques. Le site évoque également les conséquences sur la structuration rationalisante à posteriori de la pensée  et du comportement des plagiaires. En pratique, le site en s’étendant au domaine de l’entreprise propose une réflexion approfondie et des outils conceptuels et pratiques anti-plagiat et permet à chacun d’apporter une contribution s’il le souhaite.

Enfin, le site joue un rôle de portail transdisciplinaire donnant accès aux démarches qui ici ou là ont été entreprises. Le British Medical Journal est à l’honneur avec un lien vers l’article de Chalmers (2006) dont le titre “Role of systematic reviews in detecting plagiarism” et les 3 points clefs sont explicites : « Journals and institutions should take allegations of plagiarism more seriously; Journals should use systematic reviews for editorial peer review, as well as considering using software designed to detect plagiarism; To reduce the numbers of new as well as recurrent plagiarists, journals, institutions, and professional associations need to expose very publicly those found guilty of plagiarism “ 

Au cours de votre visite du site de Michèle Bergadaà, trois temps forts à ne pas rater : 

- une épreuve de vérité conceptuelle en lisant l’article princeps du Professeure Bergadaà à l’adresse : http://responsable.unige.ch/index.php?main=b-9-0 

- une épreuve  de vérité pragmatique en consultant le logiciel anti-plagiat open source http://copytracker.org/ développé par des étudiants Lillois avec HEC Genève qui permet de donner le pourcentage de passages suspects de plagiat d’un texte et de les rapproche de l’original. Edifiant ! Les statistiques  montrent que le logiciel est utilisé très majoritairement par des …étudiants. Faut-il s’en inquiéter  ou s’en réjouir ?

- une épreuve de vérité de  témoignages sélectionnés qui permettent de prendre la mesure de l’ampleur et de la  diversité des points de vue avec notamment ceux des entrepreneurs et des étudiants qui réclament une moralisation dans l’utilisation des ressources y compris… par les enseignants et une formation spécifique à la recherche documentaire et aux règles de l’usage éthique des biens communs ou des biens privés sous conditions. 

En conclusion, http://responsable.unige.ch/index.php est un site de mobilisation, assurant à travers un large projet institutionnel intégré une vraie mission de service public transnationale puisque le plagiat ne connaît ni frontière de langue ni de discipline et transperçe toutes les lignes qu’elles soient académiques ou professionnelles. 

Bonne journée. ethicaceutic/kanga : sophia.emic@yahoo.fr

Pour plus d’informations sur le plagiat en médecine:

- http://www.bmj.com/cgi/content/full/333/7568/594


Un ordre juste ou juste un ordre !

06/05/07

dsc00537.jpg  Le conseil de l’Ordre des médecins est très régulièrement l’objet d’attaques assez vives de la part des médecins eux mêmes et parfois des patients. Beaucoup y voit une institution corporatiste et passéiste dont les interventions sont décalés par rapport à l’évolution de la société et dont l’ambition première est de protéger ses membres contre vents et marées notamment dans les conflits qui pourraient les opposer au reste de la société civile.

 C’est donc sans surprise que nous avons vu en date du 27/04/2007 le journal le Figaro faire état d’une enquête demandée par le ministre de la santé à l’Inspection Générale des Affaires Sociales sur  le fonctionnement de l’ordre des médecins de Paris et notamment la régularité des dernières élections et le versements de sommes allant selon le journal jusqu’à 85 000 Euro pour ses présidents sous forme d’indemnisations ou de dédommagements. Selon le journal, le président n’aurait pas contesté les chiffres mais expliqué : « Ces sommes n’ont rien d’occulte… elles ont été votées par le conseil … je travaille à mi-temps pour l’ordre c’est autant d’heures pendant lesquelles je n’exerce pas mon activité…le conseil connaît parfaitement ces chiffres mais nous aurions dû depuis longtemps en  informer tous nos médecins adhérents » L’adhésion étant obligatoire, c’es justement des adhérents qui ont tiré la sonnette d’alarme mettant nos collègues ordinaux sous le coup d’une double enquête administrative.

Mais ceci étant dit, si nous revenions aux missions de l’Ordre des médecins. Je cite : «  une double mission au service de nos concitoyens : veiller à la défense de l’honneur et de l’indépendance de la profession ; veiller à l’observation par tous ses membres des principes de moralité, de probité, de dévouement et de compétence ». Vastes missions qui ne manquent pas d’attirer des courroux de toutes part : des médecins qui s’estimeraient tracassés indûment et/ou des patients qui s’estimeraient insuffisamment soutenus lors des plaintes qu’ils soumetteraient au conseil de l’Ordre.  En pratique, la consultation attentive des deux derniers bulletins trimestriels d’information de l’Ordre départemental des médecins fait état :

1/ de litiges en cours d’instruction transmis au conseil régional de l’Ordre des médecins : retard de diagnostic, insatisfactions de plaignants du type d’anesthésie, des soins prodigués en fin de vie à des parents, plainte contre un urgentiste pour soins non conformes et honoraires pris sans tact et mesure, plainte contre une attitude irrespectueuse, révélation à 1/3 (épouse) des agissements (du mari), une plainte pour attouchements dans le cadre d’un examen pelvien. 

2/ des condamnations allant de 15 jours à des années d’interdictions d’exercice ont été prononcées pour des confrères au motifs de conduite addictive avérée, codification indues d’actes en chirurgie esthétique, prescriptions dangereuses de médicaments hors autorisation de mise sur le marché, prescriptions sur la même ordonnance de 2 benzodiazépines, de 2 anti-inflammatoires non stéroïdiens ou encore cumul de prescriptions de corticoïdes et d’AINS. 

3/ mais aussi au bilan  nous remarquons des avertissements, des blâmes, des conciliations de litiges réussies entre confrères , des rappels déontologiques notamment par rapport à la CMU ou aux certificats médicaux en dommage corporels.  

4/ enfin nous constatons que les missions de validation des conventions de collaborations entre les médecins et l’industrie pharmaceutique n’apparaissent pas dans les bulletins d’informations trimestriels réguliers de notre conseil de l’ordre départemental.

 Nous arrêtons ici ce catalogue à la Prévert qui comprend bien d’autres choses au bilan d’informations trimestrielles adressé aux adhérents. Nous souhaitions simplement à travers ce billet rendre justice au travail accompli par les collègues de l’ordre des médecins.  Mais leur rendre justice ce n’est pas leur accorder une confiance aveugle pour toutes leurs interventions et les questions des recours et des contrôles doivent toujours posées en démocratie vis-à-vis des pouvoirs constitués. Nous trouvions simplement lassant d’entendre en permanence des collègues expliquer que la cotisation versée à l’ordre c’est un peu le coût du caducée qui comme chacun sait ne se porte pas encore à la boutonnière mais se place joliment derrière le pare-brise !  

Alors tous ensemble élevons notre niveau d’exigence, exigeons un travail ordinal dont la qualité soit comparable à celle d’un exercice professionnel libéral puisque notre confrère président nous a enfin expliqué la base d’indemnisation. Tous ensemble évoluons de ce que nous considérons peut-être indûment comme juste un ordre pour construire un ordre encore plus juste et plus performant au service de tous, patients comme médecins !   Bonne journée. Ethicaceutic/ Kanga : sophia.emic@yahoo.fr 

Pour en savoir plus :

-         Le Figaro, Rififi au Conseil de l’ordre des médecins de Paris, 27/04/2007

-  www.conseil-national.medecin.fr


Vigilance sur la pharmacovigilance.

05/05/07

dsc01973.jpg Mars et Avril 2007 ont été deux mois chargés en informations sur l’évaluation des efforts conjoints de pharmacovigilance déployés par les laboratoires pharmaceutiques et les autorités de tutelle. A l’occasion du rapport de la commission de pharmacovigilance de l’AFSSAPS sur les plans de gestion des risques (PGR) se sont déployés des analyses reprises par l’agence de presse indépendante de la protection sociale, focus. 

Ainsi, un rapport du cabinet de conseil Pricewaterhouse Coopers, rendu publique le 23 avril 2007 recommande aux entreprises pharmaceutiques de  “s’orienter vers une surveillance continue et systématique de la sécurité de médicaments en conditions réelles ». Ce qu’ elles font déjà mais de manière insuffisante selon le rapport qui évoque  des dépenses consacrées à  la pharmacovigilance de 0,3 % du chiffre d’affaires pour les  vingt sociétés pharmaceutiques les plus importantes, alors que celles consacrées à la recherche et au développement représentent 15,6 % du chiffre d’affaires.

Prescrire, revue médicale indépendante, publie en Avril 2007, une critique des insuffisances des systèmes national et européen marquées selon la revue par une dissociation entre les dire et les faire. Je cite « Les activités de pharmacovigilance prévues par ces plans  sont bien le minimum que les firmes auraient dû faire depuis longtemps en routine. Certaines études complémentaires sont bienvenues car elles ne pouvaient pas être réalisées avant AMM, mais d’autres auraient dû l’être. Ainsi, le “plan de gestion des risques” de la varénicline, prévoit une évaluation chez les moins de 18 ans, les femmes enceintes, les patients atteints de maladies cardiovasculaires, alors que ce médicament, destiné à arrêter de fumer du tabac, est déjà commercialisé, à grand renfort de publicité … La présence dans certains “plans de gestion des risques” de programmes “d’éducation des patients”… font craindre une confusion des rôles entre firmes pharmaceutiques et soignants » Enfin, revenons à l’agence de presse focus qui consolide l’ensemble de ces informations sous une conclusion sévère : « Après les PGR impliquant étroitement l’industrie pharmaceutique aux côtés des autorités sanitaires, puis les programmes d’éducation thérapeutique des patients élaborés par leurs soins, les guides de bonne prescription pris sous la dictée des firmes vont-ils permettre de boucler la boucle ? »

L’analyse d’ethicaceutic sur ce sujet sensible est la suivante :

>> S’il va de soi que la faiblesse des budgets consacrés par les laboratoires pharmaceutiques à la pharmacovigilance est évidente, on remarque par ailleurs que leur augmentation risquerait aussi d’être mal perçue par certaines parties prenantes pour qui l’accroissement de l’implication des laboratoires serait suspecte. Comme semble être tout aussi suspect le premier rapport de l’AFSSAPS sur les plans de gestion des risques alors que légitimement ces mêmes parties prenantes les appelaient ardemment de leurs vœux quand ils n’étaient pas encore en place. Le défaut des principaux commentaires de ses derniers mois est à notre avis de faire l’impasse sur l’architecture du système actuel de pharmacovigilance avec ces volets de signalement des effets adverses des médicaments soit auprès des centres de pharmacovigilances publics soit auprès des services de pharmacovigilance des laboratoires qui les uns comme les autres sont tenus de documenter, suivre et notifier systématiquement et à périodicité régulière l’ensemble des effets révélés avec un système de déclarations strictement codifié et un système d’attributions normalisées des effets constatés à la ou aux thérapeutiques utilisées. La comparaison transnationale des systèmes en usage montre que le système français est efficace, des bonnes pratiques existent et sont plutôt bien appliquées.

>> Le système actuel est d’abord tributaire des notifications directes faites par les prescripteurs et les patients. La volumétrie en dépend, le traitement des  informations aussi et donc en pratique les budgets et le rendement global du système en terme de recommandations de santé publique. Or il y a actuellement une sous notification notoire susceptible de masquer certains effets adverses et même quand celle-ci sera en partie corrigée, il n’est pas exclu que s’il y persiste peu de notifications cela pourrait aussi être dû au fait qu’il y a peu à notifier. Il ne faut donc pas confondre la fréquence du risque avec l’ampleur-gravité du risque et la population relevant des indications de la thérapeutique avec les autres populations. Il n’est donc pas tout à fait juste d’imputer les faiblesses des budgets à une volonté limitée de transparence des laboratoires, des centres de pharmacovigilance publics ou des autorités de tutelle.

>>  La réalisation avant la mise sur le marché de plus d’études de sécurité et d’usage pour des populations particulières est bien entendu nécessaire. Elle aboutira  à augmenter les budgets de R&D et peut-être à réduire les budgets de pharmacovigilance. Il faut le savoir pour ne pas s’en étonner plus tard. Le problème de fond réside dans l’appréciation du niveau de risque sociétalement acceptable lors de la mise sur le marché d’une nouvelle thérapeutique en comparant son rapport bénéfices/risques spécifique par rapport aux alternatives déjà existantes.  Une évaluation plus drastique du niveau d’arbitrage sociétal préalable à toute commercialisation de médicament est nécessaire.

>> L’intérêt bien compris des laboratoires pharmaceutiques est d’investir sur la pharmacovigilance afin de répondre à l’obligation médicale de moyens de sécurisation des médicaments et de réduire les contentieux et litiges susceptibles de naître même de notifications d’effets mineurs sans compter les retentissements dramatiques sur les plans humains et professionnels de retraits du marché de produits qui détruisent l’indispensable confiance des parties prenantes.

Enfin, la problématique de fond restera pour certains la suspicion qui plane sur l’intégrité des institutions publiques et/ou privées et sur la confiance en leurs personnels et en leurs élites. Peut-on faire collaborer ensemble des organismes de statut différents partageant un certain nombre de préoccupations  communes tel que les structures des laboratoires pharmaceutiques et des autorités de tutelle en charge de la pharmacovigilance  ou doit-on recourir à un système exclusivement public, doté des ses propres statuts et budgets de fonctionnement pour assurer l’ensemble des missions de pharmacovigilance ? Peut-on laisser se consolider les bilans d’activité des institutions engagées dans une démarche d’amélioration de la qualité ou doit-on invectiver et suspecter de collusion les initiatives qui émergent ? Peut-on faire confiance à la déontologie et à l’éthique d’ acteurs de statut différents impliqués dans des collaborations nécessaires  tout en maintenant des dispositifs de contrôle et  des recours actifs ou doit-on réfuter notre foi en l’humain et couper les ponts de collaborations indispensables ? Dans notre expérience, les professionnels de statut différents collaborant sur des missions transcendantes comme la vigilance s’estiment mutuellement tout en défendant leurs points de vue professionnels. Le problème c’est plutôt de quelle estime et confiance à priori peuvent-ils jouir de la part de personnes ne partageant pas leur niveau d’expertise. Autrement dit le rôle indispensable des gardes fous, est il d’être plus gardes ou d’être plus fous. Comme il n’y a pas de limites à la défiance, la folie serait de ne pas croire que l’éthique d’acteurs compétents et responsables est une solution plausible pour améliorer la sécurité sanitaire.

Bonne journée. Ethicaceutic / Kanga : sophia.emic@yahoo.fr

Pour en savoir plus, voici nos sources :

http://www.focusinfo.eu/article.php?id=513&r=

http://www.prescrire.com/aLaUne/dossierPlanGestionRisques.php

http://recherche.sante.gouv.fr/search97cgi/s97_cgi  (Les bonnes pratiques de pharmacovigilances sur le site de l’AFSSAPS )


New England, influences et relations médecins-industrie

30/04/07

dsc00872.JPG L’article du New England sur l’ampleur, la nature et les critères prédictifs des relations des médecins avec l’industrie pharmaceutique publié en Avril 2007 est classé par la revue dans la catégorie “Most popular & widely covered in the press”. C’est dire si le sujet intéresse. Il s’agit d’une enquête par recueil de questionnaires auto administrés auprès de 3617 médecins de 6 spécialités différentes avec un taux de retour de 52%. Les résultats montrent que 94% des répondants ont eu un contact avec l’industrie pharmaceutique avec une moyenne de 4,4 contacts par mois. La nature des contacts varie de la visite médicale à la remise d’échantillons pour 78% des répondants et à des contributions financières à type de remboursements de frais ou de rémunérations pour collaborations à type de consulting, tenue de conférences etc… pour 28% des répondants. Les pédiatres et anesthésistes seraient les moins impliqués dans ces relations alors que les cardiologues et les médecins pratiquant en cabinet de groupe seraient les plus sollicités. Il est probable que la majorité des reprises et des interventions des commentateurs vont se concentrer sur l’ampleur des chiffres - 94%, cela peut laisser rêveur- il serait important d’insister sur 4 limites importantes :

1/ Les limites générales de l’étude indiquées par les auteurs eux mêmes à savoir le caractère non représentatif de la population effective des médecins en exercice, le biais de désirabilité sociale du déclaratif, la proportion des répondants et surtout je cite  les 2 limites majeures que sont : a - “the results may be influenced by unmeasured factors ” et b- ” Finally, this study did not assess the risks benefits, or overall appropriateness of various types of physician–industry relationships. “

2/ Aucune des pistes explicatives évoquées par les auteurs n’a la puissance d’une relation de cause à effet du fait même de la méthodologie corrélationnelle et non pas expérimentale utilisée par les auteurs. Ce qui veut dire que quand les auteurs évoquent par exemple que les relations des pédiatres avec l’industrie pharmaceutique sont les plus faibles du fait de leur arsenal thérapeutique ou que les relations avec les cardiologues sont les plus soutenues du fait de leur pouvoir d’influence sur leurs collègues médecins, il s’agit de fait non d’explications mais de nouvelles hypothèses de travail à vérifier et non de données intangibles directement déductibles des résultats de  l’étude.

3/ Les auteurs évoquent des pistes de travaux supplémentaires suggérés par les premiers résultats dont la mesure du rapport bénéfices/risques d’un tel niveau de proximité s’il se confirme par des études de méthodologie recevable et la nécessité d’édicter non pas des règles communes d’interaction entre l’industrie pharmaceutique et les médecins en général mais des règles spécifiques par spécialité ou par statut pour des typologies de médecins particuliers. Autrement dit : a/  est-il aussi naturel, utile et anodin pour les médecins en général d’avoir des relations avec l’industrie pharmaceutique que cela pourrait l’être pour d’autres professionnels avec leur fournisseurs (professeurs des collèges, lycées et des universités avec les éditeurs d’ouvrages éducatifs, Coiffeurs avec leurs fournisseurs professionnels etc…) ou les médecins doivent-ils être soumis à des conditions particulières ; b/ est-il aussi utile pour les cardiologues  ou les médecins en cabinet de groupe d’avoir le même niveau qualitatif et quantitatif de rapport avec l’industrie pharmaceutique que pourrait en avoir par exemple les pédiatres, les radiologues et pourquoi pas les anatomo-pathologistes ?

4/ Il est pour le moins étrange que dans la partie discussion les auteurs n’évoquent pas les mesures d’encadrement réglementaires des relations entre médecins et industrie pharmaceutiques qui existent déjà. Autrement dit ces relations dérogent-elles au cadre réglementaire en vigueur ou sont-elle conformes à celui-ci ? S’agit il d’un Far West relationnel ou de rapports parfaitement normés ? Si nous sommes dans le second cas il faut le dire et évoquer un jeu de conclusions et de pistes de recherche ultérieures plus spécifiques que celles soulevées par les auteurs. A l’heure d’une diffusion sans précédant de l’information, une limite de cet ordre qui serait non perçue ou instrumentalisée par une frange du lectorat risque de jeter l’opprobre sur l’honnêteté d’un corps professionnel alors que la problématique serait plutôt de l’ordre de la position de la norme réglementaire édictée et appliquée.

Pour mémoire, il existe en France des règles applicables qui encadrent les relations professionnelles des médecins avec l’industrie pharmaceutique tel que les déclarations préalables pour avis au conseils de l’ordre des collaborations des médecins avec l’industrie, la déclaration des intérêts,