Stéréotypes et préjugés : biais aggressifs ou inoffensifs ?
13/05/07
Nous avions sous le coude, en embargo pour cause d’élections présidentielles en France, un article du journal USA Today en date du 19 Avril 2007 qui sous le titre accrocheur de : « Are French elections the last chance for change ? » culmine au niveau d’un sommet himalayen un nombre impressionnant de stéréotypes et de préjugés. Vous nous direz à juste titre que cela n’a rien de très nouveau venant de la presse, de la publicité et du marketing. Il se trouve que grâce à leur caractère anti-français, nous les avons, içi, beaucoup plus facilement identifiés tant nous sommes en général aveugles à nos propres préjugés autour desquels règne un consensus sociétal qui nous les rends plutôt transparents. Voyons ce qu’écrivent les journalistes d’USA Today : « French people don’t want to work hard…culture of welfare state… and refuse economic reforms… they demonstrate in the street…”
Voilà l’introduction qui nous permet de vous proposer un billet autour de ce thème dont les conséquences peuvent s’exprimer au quotidien sous forme de sexisme et de discrimination diverses. Un remarquable site réalisé à l’initiative du laboratoire de recherche en psychologie sociale et cognitive de l’Université de Clermond Ferrand et soutenu par le ministère de la recherche fait un point très précis sur les mécanismes insidieux qui sont à l’œuvre, sur leurs causes et leurs conséquences tant à l’échelle sociétale qu’individuelle. Les auteurs Dambrun, Delouvé et Légal font appel à tous les spécialistes nationaux et internationaux de la question pour nous proposer un panorama complet depuis les préjugés acquis à l’école jusqu’aux discriminations en entreprise à l’embauche ou à l’encontre des salariés âgés. Si les stéréotypes sont des croyances largement partagées et des raccourcis condensés de connaissances simplifiées à l’extrême, ils peuvent être mobilisés tant par facilité que par surcharge cognitive chez des sujets à fort bagage éducationnel, ce qui les mets à la portée de tout un chacun. Pour les préjugés il y a une attitude à priori avec un jugement d’évaluation négative qui peut s’apprécier subjectivement ou s’évaluer par des échelles explicites et implicites, directes et indirectes. Ainsi, vous pouvez auto-évaluer vos éventuels préjugés vis-à-vis de prés de 90 thématiques sur un autre site tout aussi remarquable, Project Implicite, crée à l’initiative d’Harvard et auquel contribue Thierry Devos un scientifique français. Des tests en français existent. Vos résultats sont sécurisés, vous sont commentés et expliqués. Vous pouvez y aller sans crainte du qu’en dira t’on !
D’un point de vue théorique, la théorie de l’identité sociale explique comment les préjugés sont un moyen de protéger le statut social de son groupe d’appartenance. Les conséquences sur les victimes stigmatisées rentrent dans le champ de la théorie de la menace du stéréotype qui explique comment par crainte du mal faire les sujets stigmatisés deviennent compliants au stéréotype qui leur est appliqué et comment des modifications de contexte appropriées lèvent la contre performance alors que celle-ci généralement joue comme une hypothèse auto-validante qui renforce le stéréotype. Enfin, des solutions existent pour réduire les biais de jugement. Ces solutions sont de d’ordre du renforcement du contact, d’ordre socio-cognitif et d’ordre émotionnel. Pour ce dernier point les auteurs ont montré qu’un maniement pertinent de l’empathie réduit les préjugés. Le mécanisme intime réside dans la perception du sentiment d’injustice qu’autorise l’usage de l’empathie. L’approche de renforcement du contact consiste à générer une situation d’interdépendance et une coopération entre groupes afin de réduire les préjugés intergroupes. Dans ce cas les attributs des membres du groupe doivent aller à l’encontre du stéréotype et la méthode doit permettre une proximité qui permet de passer du statut de membre d’un groupe au statut de connaissances interpersonnelles tout en préservant des statuts initiaux de groupes égaux.
Nous voyons donc à travers cette brève description s’illustrer clairement une dissociation entre notre capacité à décrire, à mesurer et à expliquer d’une part et celle à traiter et de réduire d’autre part. D’où cette permanente vivacité que nous observons autour de nous. En publicité, l’usage des stéréotypes est omniprésent du fait de l’économie cognitive qu’ils procurent en appui de concepts produit et du renforcement mnésique qu’ils favorisent au meilleur coût. Alors pour ceux qui souhaitent prolonger le plaisir de la visite du site préjugés et stéréotypes par de l’écrit plaisant et consistant nous recommandons un superbe ouvrage écrit par Yzerbyt & Schardon en 1996 et toujours aussi actuel sur ces problématiques … qui interrogent par essence l’éthique de nos comportements quotidiens.
Bonne journée. Ethicaceutic/kanga : sophia.emic@yahoo.fr
Pour plus d’informations :
http://www.prejuges-stereotypes.net/indexFlash.htm#
https://implicit.harvard.edu/implicit/france/
Yzerbyt V., Schardon G., 1996, Connaître et juger autrui, une introduction à la cognition sociale, Presses universitaires de Grenoble, Grenoble. ISBN 2 7061 0653 0.
Publié par ethicaceutic